La vérité en psychanalyse est marquée par la variété, la fragmentation et le détour. La vérité a structure de fiction [1] affirme Lacan, soulignant ainsi qu’elle ne se dit jamais toute, ni directement. Elle surgit par éclats, à travers les formations de l’inconscient (lapsus, rêves, actes manqués, traits d’esprit) qui déjouent le discours conscient du sujet.
Cette variété de la vérité tient à son lien étroit avec le langage. Or, le langage est fondamentalement équivoque : un même mot peut porter plusieurs sens, et c’est précisément dans cette ambiguïté que la vérité trouve à se loger. La vérité selon Lacan est également variée parce qu’elle est singulière. Elle ne vaut pas de manière universelle, mais gît pour un sujet donné, dans le nœud réel de son symptôme. Ainsi, l’expérience analytique ne vise pas à révéler une vérité objective, mais à permettre au sujet de rencontrer quelque chose de sa propre vérité.
Lacan insiste sur le fait que toute la vérité ne peut se dire : il y a un réel qui échappe au symbolique et empêche toute clôture définitive du sens. La variété de la vérité en psychanalyse tient alors à cette impossibilité même : elle se décline, se déplace, se masque laissant toujours subsister un reste. C’est dans cette tension, entre ce qui se dit et ce qui ne peut se dire, que la psychanalyse trouve sa portée éthique et clinique.
Deux fictions cinématographiques permettent d’illustrer cette thèse lacanienne. Le film Rashômon [2] d’Akira Kurosawa, un film emblématique de la recherche d’une vérité fuyante : celle-ci se dérobe et varie dans les récits entrecroisés des personnages, qui se révèlent plus eux-mêmes dans leurs versions qu’ils ne révèlent la vérité des faits. Les divergences narratives montrent et démontrent que la vérité est inséparable du manque car chaque narration vient cacher, déformer ou ignorer les faits en révélant les désirs sous-jacents.
Le dernier film de Sorrentino, La Grazia [3], met en scène les tourments du personnage principal, président italien en fin de mandat et homme de loi de profession. Obsédé par la vérité et doutant de son utilité, il est en quête de certitudes. L’idée que sa défunte épouse lui aurait été infidèle quarante ans auparavant le hante, et il veut absolument connaître le nom de son amant. La vérité, qui ment sur la jouissance, n’est pas ce qui se découvre dans cette fiction ; c’est plutôt le réel de la jouissance obsessionnelle qui se révèle dans le cinéma de Sorrentino, par la grazia de la permanence du doute.
- Lacan J., Le Séminaire, livre XVI, D’un Autre à l’autre, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2006, p. 348. ↑
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Rashōmon_(film,_1950) ↑
- https://fr.wikipedia.org/wiki/La_grazia_(film,_2025) ↑


