Lacan, concluant en 1978 le IXe Congrès de l’École Freudienne de Paris, disait la psychanalyse intransmissible : « Tel que maintenant j’en arrive à le penser, la psychanalyse est intransmissible. C’est bien ennuyeux. C’est bien ennuyeux que chaque psychanalyste soit forcé – puisqu’il faut bien qu’il y soit forcé – de réinventer la psychanalyse [1] ».
Malgré le foisonnement d’enseignements, la psychanalyse ne se transmettrait-elle donc pas ? Ceci est difficile à saisir lorsque l’on débute comme clinicien. Textes, séminaires, présentations de malades, conférences et revues offrent en effet un matériel abondant et précieux pour la pratique.
C’est que la psychanalyse, même si sa théorie aide à s’orienter dans la clinique, n’est pas un savoir à acquérir et à appliquer. Elle est avant tout une expérience de parole, toujours inédite, où un parlêtre s’adresse non pas à un proche ou même à un thérapeute orienté par la psychanalyse, mais à quelqu’un qui occupe la position d’analyste : quelqu’un qui a mené sa propre analyse à son terme, avec les effets de mutation subjective que cela implique dans le rapport à l’Autre qui n’existe pas, comme dans le rapport à la jouissance et à la vérité.
Cette mutation subjective de la fin d’analyse entraîne aussi une modification du rapport au savoir : passage de l’amour du savoir – supposé à l’Autre et participant de l’horreur de savoir – à sa (dé)supposition et au désir de savoir, situé du côté de la vérité.
Précisons que la vérité en psychanalyse est une vérité qui se heurte à l’impossible de tout dire : « – Je dis toujours la vérité », dit Lacan dans « Télévision », « pas toute, parce que toute la dire, on n’y arrive pas. La dire toute, c’est impossible, matériellement : les mots y manquent. C’est même par cet impossible que la vérité tient au réel [2] ».
En psychanalyse, le référent de la vérité, son garant, est en effet de l’ordre du réel, c’est-à-dire du côté de l’impossible et de la jouissance.
Le savoir-vérité
Le savoir psychanalytique ne peut être un savoir clos, dogmatique, sans sujet. Il procède d’un désir de savoir, « tient au réel » et ne vaut que de se situer dans le discours analytique. C’est d’ailleurs du terme de « savoir-vérité » que Jacques-Alain Miller le désigne, comme « savoir qui ne s’inscrit que sous les espèces de la vérité […], qui n’est pas transformable en connaissance », il ajoute que, « [d]ans la psychanalyse, le savoir, le savoir essentiel, se transmet en tant que vérité c’est-à-dire dans l’expérience même de la psychanalyse [3] ».
C’est pourquoi, pour Lacan, les enseignements ont avant tout une visée d’induction et de mise au travail de chacun à partir de son inconscient, et que le cartel constitue l’organe de base de son École.
- Lacan J., « Conclusions du IXe Congrès de l’École Freudienne de Paris », La Cause du désir, n° 103, 2019/3, p. 21–23. ↑
- Lacan J., « Télévision », Autres écrits, Paris, Seuil, 1973, p. 509. ↑
- Miller J.-A., « L’orientation lacanienne III, 4, Première séance du Cours », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris 8, cours du 14 novembre 2001, inédit. ↑



