Varité — Les variations de la vérité en psychanalyse

Varité — Les variations de la vérité en psychanalyse

À quoi sert un mythe ?

Par Simone De Carvalho Bianchi

Nous pourrions lire, à travers le mythe de Totem et Tabou, la construction freudienne de la distinction entre les modes d’inscription de la logique phallique chez les hommes et les femmes.

Du côté masculin, bien que Freud postule que l’homme a le phallus, il ne manque pas d’en lier la possession à une exception, représentée par le père de la horde.

Ainsi, la logique engendrée par le mythe de Totem et Tabou indique qu’il n’est possible de penser la dimension du tout du côté masculin qu’à partir d’une relation entre l’exception et la règle ; c’est-à-dire que, de la jouissance absolue du père mythique sur toutes les femmes, les fils ne peuvent avoir accès qu’à une part. La place du père implique ainsi une relation où le « tout » serait fondé par une exception.

Lacan attire l’attention sur le fait que Freud n’a jamais postulé que le père primitif fût un père castrateur. Au contraire, aucune des formes de mythe auxquelles Freud s’est rattaché n’en donne l’idée ; autrement dit, l’idée de la castration, en tant qu’énoncé d’une interdiction, ne peut se fonder que dans un second temps, à savoir à partir de l’assassinat du père.

Dans ce contexte, la structure du mythe de Totem et Tabou révèle que l’assassinat du père implique quelque chose de distinct, aussi bien de l’accès des fils à la jouissance originaire du père que de l’occupation de sa place par une succession ; en d’autres termes, il implique précisément l’interdiction de sa jouissance. C’est en ce sens qu’il fonde la place du père en tant qu’exception, venant régir le rapport des hommes au phallus.

Lacan montre que la place du père en tant qu’exception peut être pensée comme équivalente à la postulation du zéro. Ce n’est qu’à partir de la conception du zéro comme nombre que l’on peut fonder la série des entiers naturels. De cette manière, le père, en occupant la place du zéro, fonde l’ensemble des hommes rapportés à la logique phallique. Pourtant, comme l’indique l’axiome, bien que la série des hommes rapportés à la logique phallique engendre une succession, la place du père en tant qu’exception fondatrice n’est pas impliquée dans cette succession. Elle se constitue, pour cette raison, comme une position impossible.

Autrement dit, le père en tant que zéro n’entre pas dans la dimension de la succession engendrée par l’ensemble des fils. Il n’y aurait donc pas de relation directe entre la place du père et la succession engendrée par l’ensemble des hommes rapportés à la logique phallique.

Le père du mythe freudien de Totem et Tabou devient ainsi le représentant de la jouissance, fonctionnant comme un opérateur structurel. Comme le dit Lacan : « Le mythe, c’est ça, la tentative de donner forme épique à ce qui s’opère de la structure. [1] »

Pour conclure, la vérité de la jouissance du père est toujours une vérité mythique.

  1. Lacan J., « Télévision », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 532.

 

Dernières publications

derniers textes

Faire passer la vérité II

Claudia Iddan

La chasse à la vérité

Judith Girke

Variations de l’accès à la vérité dans le Séminaire XV

Anne Béraud

Stephen Hawking, de la relativité du temps à sa varité

Marco Mauas

PRÉSENTATION DU THÈME

Vers le site de la nls

liens