« [Qu’]est-ce que la vérité ? C’est la question que je pose pour introduire ce qu’il en est de l’acte proprement psychanalytique [1] », énonce Lacan. Il poursuit : « La question de la vérité est […] posée par le fait qu’il revient à l’analyste de feindre que la position du sujet supposé savoir soit tenable [2] ». C’est « le seul accès à une vérité dont ce sujet va être rejeté pour être réduit à sa fonction de cause d’un procès en impasse. [3] » En impasse parce que le sujet supposé savoir est voué à être rejeté par l’analysant, et que c’est par cet acte qu’il peut à son tour tenir cette place d’analyste pour d’autres. Dans son expérience d’analysant, celui qui est devenu analyste « a pu voir la fonction du sujet supposé savoir se réduire à ce qu’elle est [4] », c’est-à-dire à une feinte ; un semblant, dira-t-il dans le Séminaire xx à propos de la fonction de l’analyste comme objet a.
Le terme de l’analyse advient avec la chute du sujet supposé savoir et sa réduction à l’objet a. C’est le seul accès à une vérité : que ce sujet supposé savoir soit rejeté pour être réduit à sa fonction de cause (objet a). L’acte de l’analyste doit orienter l’expérience analytique vers la chute de ce sujet supposé savoir, que lui-même connaît d’expérience. Cette chute du sujet supposé savoir, qui libère la place occupée par l’objet a, est en jeu pour devenir analyste, et occuper à son tour, pour un autre analysant, la place du sujet supposé savoir que l’analysant fait exister.
« La fin de la psychanalyse libère ce qu’il en est d’une vérité fondamentale, c’est à savoir l’inégalité du sujet à toute subjectivation possible de sa réalité sexuelle. Pour que cette vérité apparaisse, il est exigé que le psychanalyste soit déjà la représentation de ce qui masque, obture, bouche cette vérité, et qui s’appelle l’objet a. [5] » Cette vérité fondamentale, c’est donc l’impossibilité de faire un avec la subjectivation de sa réalité sexuelle. Autrement dit, il y aura toujours un trou – ce que Lacan désignera plus tard comme l’inexistence du rapport sexuel. Avec la chute de l’objet a incarné par le psychanalyste, qui obture cette vérité, celle-ci se révèle. Le sujet en obtient un nouveau savoir concernant l’impossible. Ce changement est qualifié par Lacan du mathème S (Ⱥ).
- . Lacan J., Le Séminaire, livre xv, L’Acte psychanalytique, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2024, p. 65. ↑
- . Ibid., p. 66. ↑
- . Ibid. ↑
- . Ibid. ↑
- . Ibid. p. 150. ↑


