Patricia Bosquin-Caroz conclut son argument en évoquant notre ère de post-vérité dans laquelle la parole est dévaluée voire dégradée [1]. Si les références à la vérité sont aujourd’hui uniquement associatives, elles n’en prolifèrent pas moins. Telle la grenouille voulant se faire aussi grosse que le bœuf, le concept de vérité se voit gonflé et, par là même, vidé. En effet, la vérité se présente souvent comme une simple expression d’opinion, un avis émis qui contribue à créer de nouveaux faits. Les mots-clés à ce sujet seraient les fake news ou encore la plateforme de D. Trump : Truth Social. Le nom même de ce réseau social est intéressant, car il accole deux concepts qui sont aujourd’hui sous pression : la vérité et le social. Truth Social résonne avec une certaine ironie, tout comme l’utilisation de certains signifiants dans la culture pop, les marques ou la publicité en général. Dans ces domaines, les termes n’ont souvent plus qu’une signification purement associative, sans concordance avec les objets en question. Le sens passe au second plan, le signifiant vide se suffit à lui-même.
Ce qui est remarquable, c’est que ces phénomènes culturels révèlent le fonctionnement du langage : la non-fixité du lien entre le signifiant et le signifié est désormais exposé à ciel ouvert. De plus, à l’ère de la post-vérité, ce que la linguistique appelle le référent – l’objet en soi –, acquiert un nouveau statut. Il apparaît clairement que les choses ne sont plus saisies ni encadrées par le symbolique et la jouissance résonne dans le signifiant. Le lien avec le référent est arbitraire, so what ? Il n’existe pas, semble clamer l’ère de la post-vérité.
Il s’agirait de « faire sa place à la jouissance dans l’exercice du savoir [2] », écrit Jacques-Alain Miller. Il désigne cela comme l’accord du signifiant et de la jouissance. La résonance de la jouissance dans le signifiant relèverait pourtant d’une éthique pour laquelle le vide au cœur de la vérité n’est pas indifférent (pas de so what). P. Bosquin-Caroz écrit que Lacan, tout au long de son enseignement, a modifié sa relation à la vérité sans toutefois jamais l’abandonner [3]. Bien que la vérité ne puisse être atteinte par le langage ou le savoir, il existe une vérité du sujet. Celle-ci est liée au réel auquel le sujet se heurte et sur lequel s’oriente la psychanalyse. Au lieu de la vérité, c’est la « varité » qui apparaît dans le discours, ne se révélant que par éclats [4]. L’impossibilité de tout saisir devient le cœur de la conception lacanienne de la vérité et de l’éthique.
- Bosquin-Caroz P., Présentation du thème du congrès NLS 2026, publication en ligne. ↑
- Miller J.-A., « Les affects dans l’expérience analytique », La Cause du désir no 93, septembre 2016, p. 111. ↑
- Bosquin-Caroz, P., Présentation du thème du congrès NLS 2026, op. cit. ↑
- Ibid., p. 7. ↑


