Varité — Les variations de la vérité en psychanalyse

Varité — Les variations de la vérité en psychanalyse

Opérativité de la vérité : rupture, suture, coupure

Par Janusz Kotara

Trois jours après l’Acte de fondation de l’École, dans la dernière leçon du Séminaire XI, Lacan pose une question essentielle : « quel est l’ordre de vérité que notre praxis engendre ? [1] ».

Cette question trouve un écho dans les Séminaires XI et XII, où la dimension de la vérité, soutenue par la cohérence et l’opérativité des quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, devient le locus où se déploie l’expérience même de la psychanalyse.

Lacan confère un statut « plus authentique [2] » à cette dimension de la vérité, et il confie au psychanalyste « l’opération d’une conversion éthique radicale, celle qui introduit le sujet à l’ordre du désir [3] ».

Parler de vérité en psychanalyse sans prendre en compte la fonction du signifiant est tout simplement impossible, car la vérité se définit comme effet de signification produit par le signifiant. Cette définition s’appuie sur l’algorithme lacanien S/s qui constitue à la fois une machinerie complexe de progrès de la vérité dans l’expérience analytique et l’opérateur de la conversion éthique radicale du sujet.

De cette machinerie algorithmique, Lacan nous permet de dégager trois fonctions dont dépend le destin de la vérité en psychanalyse :

Rupture

Il s’agit de la rupture entre le signifiant et le signifié – donc de la fonction de la barre dans l’algorithme S/s. Nous retrouvons ici l’avertissement de Lacan, de ne pas se précipiter vers une compréhension en établissant un lien immédiat entre le signifiant et le signifié, car cela risque de barrer l’accès du sujet à sa vérité.

Suture

« La suture nomme le rapport du sujet à la chaîne de son discours. […] le rapport en général du manque à la structure dont il est élément [4] », constate J.-A. Miller. En effet, c’est la fonction de suture qui introduit, pour Lacan, la question brûlante de l’identification du sujet, qui traverse ses Séminaires XI et XII, à savoir que c’est au point d’où il parle qu’il « commence à constituer ce mensonge véridique par où s’amorce ce qui participe du désir au niveau de l’inconscient [5] ».

Coupure

La notion de coupure renvoie enfin à la fonction de l’interprétation qui, soutenue par le désir de l’analyste, doit viser à écarter l’objet petit a le plus loin possible de l’Idéal du moi afin d’éviter que la vérité de ce dernier ne vienne parasiter, voire cacher celle du premier.

  1. Lacan J., Le Séminaire, livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1973, p. 237
  2. Lacan J., Le Séminaire, livre xii, Problèmes cruciaux pour la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil et le Champ Freudien, 2025, p. 54.
  3. Ibid., p. 253.
  4. Miller J.-A., « La suture. Éléments de la logique du signifiant », Un début dans la vie, Paris, Gallimard, 2002, p. 98.
  5. Lacan J., Le Séminaire, livre XI, Les quatre concepts fondamentaux…, op.cit., p. 132.

 

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