Varité — Les variations de la vérité en psychanalyse

Varité — Les variations de la vérité en psychanalyse

Vérité, mi-dire, mythe

Par Kostas Tsampouras

Il y aurait, chez Lacan, une double articulation de la question de la vérité.

Au niveau discursif, celle-ci ne tiendrait ni au sens ni à la signification. Elle ne serait, en principe, qu’une place du discours, ainsi que l’illustre la matrice où se logent les quatre discours du Séminaire xvii, ce qui suffirait à écarter l’idée d’une vérité qui pourrait englober la totalité du champ : en tant que vérité de l’agent, elle pâtit d’une certaine impuissance à rejoindre la place de la production.

Au niveau apophantique, Lacan, au cours de son enseignement, attachera la vérité à une série d’attributs afin de mieux cerner sa fonction : fiction, mi-dire, vérité variable, vérité menteuse. Quelques malentendus sont ici à éviter : que la vérité ait structure de fiction n’autorise nullement l’assimilation de la première à la seconde, sauf à confondre fait et structure. Aussi, que de la vérité il n’y ait que mi-dire ne signifie point un ravalement de celle-ci, mais plutôt une rectification structurale – si du moins, à en croire Lacan, elle ne se situe que « de supposer ce qui du réel fait fonction dans le savoir [1] ». Elle fait alors de son impuissance le voile, et donc l’index d’un impossible. C’est dans cette référence insistante à l’impossible, voire au réel, que la vérité puisera l’impulsion libidinale qui présidera à la succession de ses permutations. Si cette variation la fait apparemment ressortir comme menteuse, c’est de son être parlant dont il s’agit, plutôt que d’une quelconque identification au mensonge : « Moi, la vérité, je parle ».

Le mythe ne s’ajoute pas à ces déterminations de la vérité, il en indique la forme même – le mythe, tel que Lévi-Strauss l’analyse dans son article « La structure des mythes » [2]. Lacan souligne : « Vous y verrez évidemment énoncer la même chose que ce que je vous dis, à savoir que la vérité ne se supporte que d’un mi-dire [3] ». Or, le mythe n’est pas un mi-dire parmi d’autres ; il en constitue le modèle princeps : « le mi-dire est la loi interne de toute espèce d’énonciation de la vérité, et ce qui l’incarne le mieux, c’est le mythe [4] ». Si donc la vérité a structure de fiction, c’est qu’elle est structurée comme un mythe. Εt le mythe, selon Lévi-Strauss, ne serait que la réponse à un impossible : « l’objet du mythe est de fournir un modèle logique pour résoudre une contradiction (tâche irréalisable, quand la contradiction est réelle) [5] ». Cet impossible constitue le ressort qui anime la variation raisonnée de la vérité qui, par sa répétition transposée, rend manifeste pour un sujet, la structure qui en répond, sous ses formes différentes d’échec : fantasme, symptôme, formations de l’inconscient.

  1. Lacan J., « Radiophonie », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 443.
  2. Lévi-Strauss C., Anthropologie structurale, Paris, Plon, 1958, p. 227–255.
  3. Lacan J., Le Séminaire, livre xvii, L’envers de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1991, p. 126.
  4. Ibid., p. 127.
  5. Lévi-Strauss C., Anthropologie structurale, op. cit., p. 254.

 

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