La vérité parle à travers le sujet. Le problème, c’est que la vérité du sujet de la parole ne peut pas se dire toute. Les mots manquent toujours, et la vérité se cristallise réellement sous l’enveloppe formelle du symptôme.
Il n’y a pas de vérité avant le langage, mais les mots mentent ou ne disent que des vérités variables sur le symptôme.
C’est de la vérité de la supposée souffrance du symptôme dont parle le premier quatrain du poème « Autopsychographie » de Fernando Pessoa :
O poeta é um fingidor
Finge tão completamente
Que chega a fingir que é dor
A dor que deveras sente.[1]
Le poète est un feinteur
Il feint si complètement
Qu’il vient à feindre qu’est douleur
La douleur qu’il ressent vraiment.
La douleur n’est pas ici une sensation physique désagréable, mais une émotion complexe, mêlant déplaisir et plaisir, forgée par la langue et par la vertu de l’art poétique.
Ce poème autobiographique n’écrit pas seulement la douleur fantasmée par le sujet, mais aussi celle ressentie par le lecteur, bien qu’il ne l’ait pas vécue.
Le poète, qui creuse ce manque dans l’Autre et dit feindre complètement la douleur qu’il ressent vraiment, ne nie pas le réel, mais élève son symptôme à la dignité de la chose poétique.
- Pessoa F., « Autopsicografia », Poesias, Lisbonne, Ática, 1942, p. 235 (15ᵉ éd., 1995), première publication in Presença, no 36, Coimbra, novembre 1932. ↑



