Varité — Les variations de la vérité en psychanalyse

Varité — Les variations de la vérité en psychanalyse

Transparence et vérité

Par Éric Zuliani

Texte publié une première fois dans l’Hebdo-blog, Publication de l’ECF, de l’ACF et des CPCT, juin 2026.

Le « pousse-à-la-transparence », notamment dans le champ de l’accueil de la souffrance, va de pair avec un monde toujours plus protocolisé, plus universalisant. Cette volonté de transparence charrie avec elle une promotion de la communication au détriment du fait de parler − l’objet en est l’information transmissible, intégralement. Quel en est le ressort ? L’empire toujours plus grand du savoir qui recouvre la vérité, comme le démontre le régime de la science que nous connaissons. Mais voilà, les hommes parlent ! Mieux, sont des corps parlants, souffrant de symptômes les rendant opaques à eux-mêmes : la vérité troue le savoir. On peut alors vouloir savoir ce qu’on ne sait pas et dont on est pourtant le siège.

Désir et savoir

Le type de savoir que recouvre le désir de savoir à l’œuvre dans une expérience analytique joue sa partie avec la science. Le savoir scientifique, né à un moment de notre civilisation, est devenu désirable, comme on le voit dans les romans de Balzac ; il a pris la forme politique du progressisme. Mais la croyance dans le progrès a fait long feu, notamment dans celui de la bombe atomique. Un mouvement en est né, prônant les vertus de la paix, de l’humanisme, de l’ignorance. Or, le désir de savoir à l’œuvre dans une analyse ne relève ni du savoir scientifique ni de la docte ignorance.

La vérité ? Une énonciation

Les rapports du savoir et de la vérité se saisissent mieux à la condition d’introduire un troisième terme, celui d’énonciation. Freud réintroduit la considération de la vérité dans le champ de la science en laissant parler : il donne à l’énonciation une place centrale qui n’est autre que la place de la vérité. Lacan ne dit pas autre chose quand il la fait parler : Moi la vérité je parle. Savoir et vérité se nouent si la question du dire ne reste pas oubliée derrière ce qui se dit. Jacques-Alain Miller a pu dire que « Le désir de traiter cette question [de la vérité] d’une façon inédite, voilà ce que Lacan appelle désir de savoir, qui est comme la transformation du désir de la science quand il touche à ce qu’il exclut, et même à ce qu’il forclôt, c’est-à-dire la question de la vérité.[1] » Celle-ci est aussi sœur de jouissance. Comme elle, elle est en dehors du discours : son site est sous la barre. Si l’on parle à partir de la jouissance, on parle aussi à partir de la vérité. On ne peut que la mi-dire, et les quatre discours le démontrent.

Opacité de la vérité

Dans ces quatre discours, la vérité est un site fixe, sous la barre, qui voit défiler en son lieu S1, S2, l’objet a et le sujet. Dans chaque discours une vérité est donc le ressort de ce qui vient à dominer et qui prétend dire, en toute transparence, La vérité qui ne peut pourtant se dire toute. Le discours du maître véhicule une vérité qui se veut universelle, un pour-tous, oublieux de la condition de sujet. Le discours universitaire prétend que la vérité c’est le savoir, absolu, of course ! Dans le discours hystérique, c’est le sujet lui-même qui incarne la vérité, mais pour quel savoir ? Ce qui est aux commandes dans le discours analytique, c’est l’objet a ; c’est plus coton parce que l’objet a ne relève pas du registre du signifiant, mais du semblant entre signifiant et jouissance. Il fait donc exception : « Chaque discours se prendrait pour la vérité à l’exception du discours analytique qui formulerait Je suis la varité.[2] »

  1. Miller J.-A., « La passe de la psychanalyse et le désir de savoir », Comment finissent les analyses. Paradoxes de la passe, Paris, Navarin, 2022, p. 118.
  2. Miller J.-A., « Tout le monde est fou », Quarto, n°137, septembre 2024, p. 14.

 

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