Dans son argument pour le Congrès, Patricia Bosquin-Caroz reprend la phrase de Jacques Lacan « Moi, la vérité, je parle » afin de préciser que la vérité réside dans la parole même du sujet, tout en soulignant que cette formule de Lacan est d’abord une énonciation [1]. Tirée d’une conférence intitulée « La chose freudienne », elle révèle « le secret [2] », à savoir que « [l]e discours de l’erreur, son articulation en acte, pouvait témoigner de la vérité contre l’évidence elle-même. [3] »
Plusieurs textes de Lacan, écrits à différentes époques, font référence à cette phrase « Moi, la vérité, je parle… ». Mais de quoi s’agit-il exactement ? Voici quelques remarques sur le contexte et les effets de cette formule.
Tout d’abord, il est important de noter que Lacan suit son inspiration et prête sa voix à une figure allégorique : celle d’une nudité à la peau neuve qui s’élève en frissonnant du puits [4]. Lacan a improvisé son discours de « La chose freudienne » à Vienne, en l’adaptant à son auditoire, non sans une certaine difficulté de contact. Au moment où l’intérêt commençait à fléchir, le pupitre lui vint en aide en se mettant à parler : « Et j’ai eu toutes les peines du monde à lui reprendre la parole [5] », dit-il.
Mais les difficultés liées à la transmission de ce texte ne se limitent pas à cette conférence viennoise. Lacan évoque une « surdité [qui] s’y avéra particulière [6] ». Éric Laurent donne un indice sur ce qui pourrait être à l’origine de cette surdité. Dans son article « L’horreur de savoir et la parole de vérité [7] », il cite une phrase de Lacan en lien direct avec la formule « Moi, la vérité, je parle » : « Moi, la vérité, je parle… et la prosopopée continue. Pensez à la chose innommable qui, de pouvoir prononcer ces mots, irait à l’être du langage, pour les entendre comme ils doivent être prononcés, dans l’horreur [8] ».
On peut dire que ce pupitre parlant révèle une dimension réelle, une chose innommable, qui transparaît dans la phrase « Moi, la vérité, je parle ». C’est le lien entre la vérité et la haine, la Haine étant « la fille aînée de la Vérité [9] ».
- Bosquin-Caroz P., « Varité. Les variations de la vérité en psychanalyse », présentation du thème du Congrès NLS 2026, disponible en ligne. ↑
- Ibid. ↑
- Ibid. ↑
- Lacan J., « La science et la vérité », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 866. ↑
- Ibid., p. 84. ↑
- Lacan J., « La science et la vérité », op. cit., p. 867. ↑
- Laurent É., « Chronique du malaise : L’horreur de savoir et la parole de vérité (i) », L’Hebdo-blog no274, juin 2022, disponible en ligne. ↑
- Lacan J., « La science et la vérité », op. cit., p. 866. ↑
- Laurent É., Chronique du malaise : L’horreur de savoir et la parole de vérité (i), op. cit. ↑


