Varité — Les variations de la vérité en psychanalyse

Varité — Les variations de la vérité en psychanalyse

Déchirure du voile dans La Cité des femmes

Par Yana Syurmenko

« L’angoisse de l’homme est liée à la possibilité de ne pas pouvoir.
D’où le mythe, bien masculin, qui fait de la femme l’équivalent d’une de ses côtes. »

Jacques Lacan, L’angoisse

L’homme fait un rêve. Il aperçoit une inconnue dont la réserve et la docilité mesurée éveillent en lui le désir de la suivre. L’homme arrive dans la Cité des femmes. Soudain, il y est déclaré espion, « qui ne nous (les femmes) connaît pas et ne veut pas nous connaître ». Aveuglément mené par son fantasme, il se heurte à une réalité perturbante. Il cherche alors une issue pour quitter cette Cité peuplée de femmes, avec lesquelles rien ne marche. Cela ne vaut même plus la peine d’essayer.

Sur le chemin qui le mène hors de cette ville, l’homme se confronte à l’altérité radicale de la jouissance féminine. « [La] femme dans son entier est tabou [2] », écrit Sigmund Freud. La femme se révèle entièrement taboue, non pas parce qu’elle serait entièrement prise dans la loi, mais parce qu’elle ne l’est pas complètement. Cette autre jouissance devient une menace pour l’homme, qui erre à la recherche d’une meilleure rencontre et d’une voie intelligible hors de cette ville où la folie féminine n’a pas de limites.

La rencontre marquante est celle avec Monsieur Gros-phallus. Là encore, le rêve met à nu une autre vérité : le lien entre le phallus comme signifiant et l’organe réel se révèle faux. Grand séducteur des femmes, Gros-phallus se révèle lui aussi impuissant face à elles. Cet autre homme se trouve à la place du phallus qui manque à la mère, incapable d’aller se coucher sans un larmoyant « bonne nuit » adressé à la statue maternelle. L’espoir d’un appui symbolique s’effondre.

Le héros erre longtemps, mais c’est finalement le réel qui le rattrape : un regard de femme qui le fixe et l’arrache au rêve par un cri : « Qui es‑tu ? » Le rêve permet d’atteindre cette question, mais il est incapable d’y apporter une réponse. L’homme se réveille. Autour de lui, à nouveau, des femmes. Muettes, répondant à son sourire par un sourire. L’homme se rendort.

Si l’inscription du rapport sexuel était possible, écrit Jacques‑Alain Miller, alors le rapport sexuel occuperait la place de la vérité, et la femme se trouverait, elle aussi, à la place de la vérité, « à quoi les hommes, il faut bien le dire, sont spécialement prompts [3] ». Le rêve du héros montre précisément l’impossibilité d’une telle inscription : là où il cherche la vérité du rapport, il ne reçoit pour toute réponse qu’un regard de femme, suivi d’un réveil soudain. La femme devient « tout entière tabou » en tant qu’elle incarne le point où le symbolique échoue et où la jouissance réelle insiste.

  1. La Cité de femmes (La Città delle donne) est un film franco-italien réalisé par Federico Fellini en 1980.
  2. Freud S., « Le tabou de la virginité », La Vie sexuelle, Paris, PUF, 1969, p. 71.
  3. Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Scansions dans l’enseignement de Jacques Lacan (1981–1982), enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris 8, leçon du 14 avril 1982, inédit.

 

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