Varité — Les variations de la vérité en psychanalyse

Varité — Les variations de la vérité en psychanalyse

La vérité du silence

Par Eleni Rigoutsou

Dans l’analyse, il ne s’agit « pas de dire ce qui est », mais « de faire vérité de ce qui a été. Et il y a ce qui a manqué à faire vérité : les traumatismes, ce qui a fait trou […] Il s’agit de faire venir le discours à ce qui n’a pas pu y prendre rang [1] », dit J.-A. Miller.

Qu’est-ce qui n’a pas pu y prendre rang ? Devant quoi restons-nous silencieux ? Quel est le rapport entre la vérité et le silence dans l’analyse ?

Lacan aborde la vérité comme La Vérité : plurielle, variable et menteuse [2]. La vérité est toujours liée à la parole. Pourtant, elle est toujours pas-toute : les mots y manquent [3]. Ils manquent là où le sujet s’achoppe, trébuche – au point où il rencontre le réel.

Le sujet s’exprime à travers les formations de l’inconscient – lapsus, actes manqués, symptômes. Les défaillances du langage sont précisément les points où la vérité émerge malgré le sujet.

Mais pourrait-il aussi parler à travers le silence ?

Le silence peut prendre différentes formes : silence de l’analyste, silence de l’analysant, silence au début de l’analyse, à sa fin, silence dans la psychose ou la névrose.

Le silence, souligne Lacan, ce n’est pas rester silencieux, ce n’est pas se taire [4].

À propos de l’analysant, il note : « Le sujet ainsi désigné est ce à quoi est généralement attribuée la fonction de la parole. Il se distingue d’introduire un mode d’être […]. Ce mode est l’acte où il se tait. [5] » Dans le Séminaire XII, Lacan montre que le silence révèle la fonction de l’objet a dans le discours, c’est-à-dire son lien avec la pulsion. Il met ainsi en lumière le rapport entre le discours et la jouissance à travers le silence [6].

Dans « Silet », J.-A. Miller souligne : « la vérité, animée dans la fameuse prosopopée, dit : Moi, la vérité, je parle”, mais ce n’est précisément pas ce que dit la jouissance. La jouissance ne dit pas qu’elle parle. Elle ne dit pas non plus je ne parle pas. Non, la jouissance : silet. La vérité, il est très douteux […] qu’elle puisse dire la vérité sur la jouissance [7] ».

Ainsi, là où la parole bute, le silence semble pouvoir dire la vérité sur la jouissance, surtout là où il n’y a plus rien à dire, c’est-à-dire devant le réel. Il peut alors marquer le consentement du sujet à l’impossible.

  1. Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Choses de finesse en psychanalyse », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris 8, cours du 18 mars 2009, inédit.
  2. Bosquin-Caroz P., « Varité. Les variations de la vérité en psychanalyse », disponible en ligne.
  3. Idem.
  4. Lacan J., Le Séminaire, livre XII, Problèmes cruciaux pour la psychanalyse, Paris, Éditions Seuil & le Champ Freudien Éditeur, 2025, p. 221.
  5. Lacan J., Le Séminaire, livre XIV, La logique du fantasme, Paris, Éditions Seuil & le Champ Freudien Éditeur, 2023, p. 256.
  6. Lacan J., Le Séminaire, livre XII, Problèmes cruciaux…, op. cit.
  7. Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Silet », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris 8, cours du 23 novembre 1994.

 

Dernières publications

derniers textes

Fantasme et prime enfance de Freud en Moravie

Michèle Laboureur

Le faux-pas du roi

Clémentine Zöchmeister-Bénard

Déchirure du voile dans La Cité des femmes

Yana Syurmenko

Le Canard sauvage d’Henrik Ibsen : la vérité désastre

Nafsika Papanikolaou-Theodoridou

PRÉSENTATION DU THÈME

Vers le site de la nls

liens